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Hubert Toint : travelling sur la Tête noire

Réalisateur et producteur de nombreux films belges et étrangers, Hubert Toint a créé en 2007 le Domaine de la Tête noire à Gigondas avec son ami Jean-François Lénelle qui a fait ses classes au Domaine du Chenoy (Ph. Grafé) pendant les cinq premières années de celui-ci. Aujourd’hui, ils exploitent 18 hectares sur Gigondas, Vacqueyras et Cairanne et prévoient de produire 70.000 bouteilles quand l’ensemble du domaine sera opérationnel. Travelling sur le domaine.

 

Hubert Toint est aussi le dynamique président de l'asbl Cinergie, "le" site web de référence sur le cinéma belge francophone - © Myriam Lanotte/Cinergie

On dit souvent que la vie, ce n’est pas comme au cinéma et pourtant, lorsque l’on écoute Hubert Toint raconter l’histoire de son vignoble, on est tout de suite projeté dans un film et l’on ne peut s’empêcher de faire un parallèle entre la production d’un long métrage (avec ses méandres) et l’aventure de nos deux petits Belges basée surtout sur une longue amitié. Une aventure qui démarre dans les années 70 lorsque Hubert et Jean-François créent une asbl pour produire des films Super 8 et à laquelle ils donnent un nom ambitieux certes, mais prémonitoire : « Magnum et Compagnie ». Il n’est pourtant alors pas du tout question de vin, mais de courts métrages documentaires et de fiction dont certains, comme « Lettre ennuyeuse », adapté d’une nouvelle de Buzzati remporte d’emblée le premier prix du festival où il est présenté.

Jean-François Lénelle, du Chenoy à Gigondas ! - © Tête noire

« Après une dizaine de films réalisés ensemble, raconte Hubert, la vie a fait que chacun est parti dans des directions différentes. Je l’ai retrouvé beaucoup plus tard, au début des années 2000 alors qu’il commençait à travailler avec Philippe Grafé qui venait d’acheter ses terres au Domaine du Chenoy. Jean-François a été présent dès les débuts de cette initiative, en participant à la plantation de certaines parcelles, au travail de démarrage du vignoble et de la cave, aux premières vendanges, aux premières vinifications… »

Intéressé depuis toujours par le vin, Hubert Toint tenta même pendant un an l’aventure du restaurant « Les Héritiers » à Ixelles qui possédait l’une des plus belles caves à vin de Belgique. En suivant de près l’évolution du Chenoy, il propose à Jean-François de tenter l’expérience nettement plus au sud, dans le Rhône, à Gigondas en particulier.

Le sympathique village de Gigondas en août dernier mais les vignes à l'avant-plan ne sont celles de l'avant-plan... © Vanel

« J’ai en effet immédiatement pensé à Gigondas. Nous nous sommes rendus sur place et nous sommes entrés dans l’agence immobilière sur la place du village en disant que l’on voulait acheter une vigne. Le type nous a rigolé au nez en disant qu’il n’y avait rien à vendre. J’ai alors proposé à Jean-François de s’installer dans le village et de chercher sur place. C’est ainsi que nous avons loué un appartement et acheté une bagnole. C’était le 17 mai 2007 très exactement et en janvier 2008, Jean-François taillait notre première vigne et on vendangeait en septembre. »

Mais pas à Gigondas, où il n’y avait effectivement rien à vendre, ou alors à des prix exorbitants, mais dans les villages voisins de Vacqueyras et de Cairanne. « Petit à petit, nous avons pu acheter plusieurs petites parcelles et en louer d’autres à divers endroits. En 2008, on disposait déjà ainsi d’une dizaine d’hectares. Nous sommes entrés à Gigondas par la petite porte. Les gens ont apprécié que l’on ne vienne pas comme beaucoup acheter un domaine avec des vignes pour réaliser une opération immobilière et puis seulement se demander ce qu’on pourrait faire avec les raisins. Depuis presque cinq ans, Jean-François a lié des amitiés fortes, c’est important. Dans un terroir, il n’y a pas que la qualité de la terre, il y a aussi la qualité des relations humaines. »

© Domaine de la Tête noire

Fort de ces relations, le Domaine de la Tête noire continue de s’agrandir. Nos deux amis rachètent une maison à moitié en ruines au milieu des vignes, face aux célèbres Dentelles de Montmirail et la retapent, rasant puis reconstruisant le hangar qui s’y trouvait afin d’y créer une véritable exploitation agricole. Après une première vinification réalisée dans des grandes cuves louées chez un autre vigneron, Jean-François et Hubert arrivent, à la surprise générale, à racheter une belle cave sur la route qui monte à Gigondas. « Tout le monde la voulait évidemment, se rappelle Hubert, la voix pleine de jubilation, mais en fait, la vente de la cave était jumelée à la vente d’une grosse villa. Les paysans du coin attendaient donc de voir ce qui allait se passer. J’ai fait une offre sur l’ensemble, et on l’a eue ! Comment ces deux petits Belges ont réussi cela, encore une fois, c’est incroyable ! On a immédiatement remis en vente la villa évidemment, on n’avait pas les moyens mais on a donc pu installer là notre cuverie et notre caveau. Maintenant, quand on va à Gigondas, on ne peut pas nous louper. »

Début 2011, autre chance, la Tête noire arrive à enfin louer une parcelle d’un hectare et demi à Gigondas faisant grimper la superficie totale du vignoble à 18 hectares (dont 4 seulement en location) et entrainant par la même occasion l’engagement d’un chef de culture. Car auparavant, c’était Jean-François qui faisait tout, se faisant ponctuellement aider par des saisonniers. « Jean-François, c’est un vrai passionné, très méticuleux par ailleurs, estime son associé. J’ai appris avec lui que la qualité du vin passait par une attention de tous les jours, voire de presque toutes les heures, et dépendait essentiellement de l’état sanitaire du raisin qui rentre dans les cuves. Il fait vraiment un beau produit, il faut voir la cave ! On s’est équipés de petites cuves pour pouvoir vinifier parcelle par parcelle et réaliser les meilleurs assemblages. Nous sommes sur de petits rendements, autour de 28 hl/ha, avec certaines parcelles à moins de 20, ce qui fait évidemment de la qualité. Et le Gigondas vendangé en 2011 va être magnifique ! »

 

© Domaine de la Tête noire

Les résultats sont en effet à la hauteur des espérances. Les vins de la Tête noire se font remarquer par Robert Parker qui juge le Vacqueyras Tradition 2010 (avec des vieilles vignes de Grenache, Syrah et de Mourvèdre de 1960) « remarquable » et lui attribue 90-92/100 ! L’Anglaise Jancis Robinson lui accorde quant à elle une note de 17 sur 20 et le trouve « lively and spicy, full of fruit and verve » ! Plutôt encourageant !!

Après les premières années de lancement, 2012 sera pour la Tête noire l’année de la commercialisation avec la recherche de nouveaux marchés. Car quand toutes les vignes seront opérationnelles, il s’agira de vendre près de 70.000 bouteilles. Le Domaine sera donc présent dans de nombreuses foires et salons, comme par exemple les « Vignerons namurois d’ici et de là-bas » à la Citadelle ce 11 février, ou sans doute à Belgovino en avril.

D’ici là, si vous êtes curieux, n’hésitez pas à découvrir le blog tenu par Jean-François Lénelle qui décrit au jour le jour l’activité du domaine. Et si d’aventure, vous partez dans le Sud de la France pour vos vacances, n’hésitez pas à faire un détour par Gigondas, vous y serez reçus avec chaleur. Et pour les vendanges ? Prenez-vous y à temps : les places sont convoitées !

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