Créé en 1808 à Urville, dans l’Aube, le domaine Drappier est le champion des champagnes non dosés.

Dans le sud de la Champagne, dans l’Aube, trois sortes de vins sont produits: le fameux Rosé des Riceys, des vins tranquilles blancs et rouges en appellation “Coteaux champenois » et des champagnes élaborés avec une large majorité de Pinot noir, contrairement aux vins de la Marne plutôt dominés par le Chardonnay. Cette originalité provient de ses terroirs établis sur le socle le plus ancien du Jurassique, le Kimméridgien, pourtant habituellement favorable… au Chardonnay, comme notamment à Chablis. Mais dans l’Aube, sur le même type de sols, le Pinot noir atteint beaucoup plus de maturité que dans le nord de la région.

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Articulée autour des deux vallées de la Seine et de l’Aube, l’aire de production du champagne s’étend ici de Bar-sur-Seine à Bar-sur-Aube, on parle de la Côte-des-Bar, même si cette dénomination n’est pas reconnue en tant que telle : 8000 hectares sur 80 kilomètres de long majoritairement complantés de Pinot noir (85 à 90%), avec un peu de Chardonnay (5 à 10%) et de Pinot meunier. Vers 1945-50, on trouvait dans l’Aube encore beaucoup de Gamay, le cépage principal du Beaujolais voisin, et c’est sous l’impulsion du Syndicat général des Vignerons alors dirigé par André Drappier que le Gamay a été progressivement arraché pour être remplacé par du Pinot noir, mieux adapté.

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Locomotive

Créé en 1808 à Urville, dans le nord de l’Aube, le domaine Drappier est la locomotive de la région, il est « récoltant-manipulant », c’est-à-dire que ses vins sont produits de A à Z au domaine. Formé à Beaune, Michel Drappier rejoint le domaine de ses parents à la fin des années 70 et après 1989 opère un virage vers le bio et le durable. Il décide de mettre en pratique une équation d’apparence simple: travailler le même sol que les Grands Crus de Chablis, de s’appuyer sur 850 ans d’histoire (la maison occupe un ancien bâtiment d’une abbaye cistercienne) et de tirer profit du climat de l’Aube.

« Il ne s’agit pas de faire du Chablis avec des bulles, poursuit-il, mais de chercher notre signature et de mettre notre terroir dans le verre. Nous vinifions désormais chaque parcelle séparément, car chacune son parcours, son identité. C’est comme les enfants dans une grande famille, ils ne sont pas tous éduqués pareillement… »

Un travail de recherche a progressivement amené Drappier à n’utiliser que très peu, voire pas du tout, de soufre ou de bois, et de doser (comprenez, sucrer) les vins le moins possible. Pour ne pas « empoisonner les prochaines générations », Drappier essaie aussi de faire « le plus propre possible ». Le développement durable trouve ici toute son expression: cette exploitation viticole est la première exploitation à être certifiée « carbone neutre » en Champagne et produit bientôt 60% de son électricité. « De mon vivant, nous atteindrons les 100% », assure Michel Drappier, confiant.

 

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Côté vins, le « Brut Nature Classique » 100% Pinot noir est une pure merveille et un exemple du genre lancé voici presque 20 ans. A côté de cela, le « Carte d’Or » est le fer de lance de Drappier (75% des ventes), très pur mais plus traditionnel, complété par le Rosé (très floral), la cuvée « Charles de Gaulle » (ce fut un voisin et client), les millésimés et surtout « La Grande Sendrée », un vin majestueux qui n’est produit que les meilleures années et « Quatuor » (3000 bouteilles seulement) élaborée avec 4 cépages champenois rares. Une gamme très complète et quasiment sans reproche. Chez tous les bons cavistes belges.

Marc Vanel

Article paru dans la Dernière Heure  le 15 octobre 2017.

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