dans le Süd-Tirol, Le Alto Adige est une région de rêve. Et pas seulement parce qu’on y voit des vignobles partout : c’est aussi une vallée aux contrastes saisissants.
PAR DIRK RODRIGUEZ
Du col du Brenner, avec ses nombreuses pistes de ski, au lac de Caldaro (Kalterersee), un petit lac au microclimat exceptionnel, les paysages sont riches et variés. À peine 200 m au-dessus du niveau de la mer, avec des températures maximales moyennes dépassant 30°C en été, on y cultive un cépage qui apprécie les étés chauds : le Vernatsch, alias Schiava…
Pourquoi entend-on si peu parler du Vernatsch ? Et peut-être vous demandez-vous même pourquoi on voit si rarement des vins du Alto Adige sur nos tables ? En fait, cette destination très prisée attire de nombreux touristes : les amateurs de sports d’hiver en hiver, les randonneurs et les vététistes en été. Les vins se vendent donc très bien dans la région même. Heureusement, il en reste aussi pour nous.
Avec ses vignobles s’étendant jusqu’à 1000 mètres d’altitude, le Haut-Adige s’est forgé une réputation de qualité en Italie, tant pour ses vins blancs que pour son Pinot noir. On y trouve d’excellents Sauvignon blanc, Chardonnay et Pinot blanc, et quand on vous dit que le petit village de Tramin se trouve à deux pas du lac de Kaltern, vous comprenez que le Gewürztraminer est ici chez lui. Mais la vallée est chaude et les cépages rouges y prospèrent également : outre le Pinot noir déjà mentionné, vous y trouverez aussi les cépages locaux Vernatsch et Lagrein, ainsi que des cépages internationaux tels que le Merlot et le Cabernet Sauvignon.
Parmi les cépages locaux, le Lagrein est le plus réputé, mais dans cet article, nous nous intéressons plus particulièrement à son petit frère qui refuse de se mettre sur son trente-et-un pour la fête de famille : le Vernatsch. Si les Belges aiment les outsiders comme ce cépage, on peut se demander pourquoi nous ne le connaissons pas mieux. Après tout, il est cultivé presque autant (8% de la production totale du Alto Adige) que le Lagrein (9%).
Origine
Le Vernatsch est l’un des cépages primitifs d’Europe et un ancêtre du Sylvaner. Comme ce cépage contient peu de pigments, il nécessite une longue macération. Il doit donc mûrir correctement afin d’éviter une extraction excessive de tanins amers. C’est pourquoi, dans la vallée, il est principalement cultivé dans deux zones chaudes : autour du lac de Kaltern et près de la capitale provinciale, Bolzano (Bozen).
La méthode de culture traditionnelle est remarquable : c’est l’un des rares vins au monde à être encore cultivé en pergola (voir photo), même si la taille en Guyot gagne en popularité.
Nous avons rendu visite aux producteurs du Kalterersee, les seuls à avoir droit à une appellation DOC exclusivement basée sur le Vernatsch. Il est d’autant plus étrange que le nom du cépage ne figure pas sur l’étiquette. « Cela tient au fait que le Vernatsch a mauvaise réputation dans sa propre région. Ce vin peut paraître tanniqu, alors qu’il a pourtant peu de couleur », nous déclare un vigneron.
Dans le verre
Le cahier des charges de l’appellation fait l’objet de quelques critiques en raison du changement climatique. Le cépage s’avère en effet peu acide. On pourrait donc parfaitement l’assembler avec des cépages plus acides, ce qui améliorerait sa fraîcheur. Cela ouvrirait également la voie à un rosé intéressant, qui, compte tenu des étés chauds, serait plus que bienvenu ici.
Mais profitons surtout de ce que nous avons apprécié chez les vignerons qui se sont regroupés autour de ce lac, les producteurs de Wein•Kaltern. La comparaison a été facile grâce à la dégustation annuelle des primeurs de la DOC Kalterersee, lors de laquelle nous avons pu déguster dans un verre Riedel spécialement conçu pour ce vin.

Nous nous limiterons à notre top 12 personnel :
- Andi Sölva. Produit un Kalterersee concentré et réussi, issu de vignes centenaires, parmi lesquelles se trouvent des cépages non identifiés.
- Kellerei Kaltern. La coopérative locale regroupe tous les petits viticulteurs. Elle produit des vins de Vernatsch bien équilibrés et un Brut Nature remarquablement réussi.
- Klosterhof. Un jeune vigneron qui produit des vins savoureux et qui laisse chaque année son pied-de-cuve fermenter directement dans le vignoble. Il est à l’origine d’uns des meilleurs Pinot noir que nous ayons dégusté dans la région.
- Manincor. Un producteur de premier plan et un biodynamiste autoproclamé. Il produit d’excellents Vernatsch, mais surprend également avec un Cabernet de grande classe
- Nicolussi-Leck. Un petit producteur de vins intenses à la finale agréable.
- Niklas. Un domaine viticole qui nous a agréablement surpris à plusieurs reprises. Le style est fruité et souple.
- Peter Sölva. Il n’est pas le frère de celui mentionné ci-dessus. Un style très pur et direct. Il cultive également du « Grau Vernatsch » – une variante à la robe claire – dans son vignoble.
- Ritterhof. Un style moderne et réussi. Prouve que la fermentation à basse température du Vernatsch présente de nombreux avantages.
- Seeperle. Le jeune vigneron (Arthur Rainer) produit non seulement un Vernatsch délicieusement fruité, mais aussi un Sauvignon blanc très réussi.
- Seppi. Un Vernatsch terreux mais en même temps très pur. Culture biodynamique. Pas encore d’importateur en Belgique.
- St. Quirinius. Des vins très ronds bien qu’à la robe claire. Les frères Sinn sont certifiés bio mais souhaitent aller encore plus loin.
- Unterhofer. Des vins juteux et de qualité. Le secret du vigneron est aussi simple qu’exigeant : en juillet, il coupe une partie de chaque grappe afin d’assurer une maturation optimale.
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