Dans le Hainaut, terre de prédilection des bulles wallonnes, le gel printanier semble avoir frappé un peu plus qu’ailleurs, avec quelques dégâts et pertes.

A Haulchin

Pour la famille Leroy au vignoble des Agaises/Ruffus (le plus vaste de Belgique), « le millésime 2019 est une histoire qui commence mal pour bien se terminer. » On ne saurait mieux résumer. Fortes gelées à la mi-avril mais sans grand dégât. Début mai, une nuit de gel à -1°C pendant une heure (à 3h du matin) a provoqué beaucoup de dégâts même si le gel n’était pas très important. « Les vignes du bas du coteau non protégées, explique John Leroy, ont été fortement touchées (±70% de pertes sur 2,5 ha). La partie plus ancienne protégée par la nouvelle tour anti gel a heureusement été très peu impactée. Cette année nous aura permis de vérifier l’efficacité de ce nouvel instrument. »

« La fleur s’est bien passée contrairement à nos amis champenois et nous avons donc eu de belles grappes. En attaquant les vendanges, on s’attendait donc à un rendement 20% inférieur à une année classique et on a eu la bonne surprise de finir sur une année classique. D’un point de vue qualité, on se trouve sur un très beau millésime avec un équilibre sucre/acidité excellent, comme en 2018. Ces deux dernières années, conclut John, sont deux superbes millésimes en qualité. 2018 restera dans les mémoires pour ses quantités exceptionnelles. 2019 nous a donnés une quantité normale qui nous a bien fait plaisir, car on n’en espérait pas autant. »

 

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Au Chant d’Eole

A Quévy-le-Grand

Au domaine du Chant d’Eole presque voisin , « nous avons eu la chance de ne pas avoir été touchés par le gel tardif du mois de mai, mais il s’en est fallu de peu », explique Hubert Ewbank. « Par rapport à nos voisins, nos parcelles sont un peu plus hautes, plus chaudes et plus venteuses, c’est une bonne protection contre le gel ».
Malgré quelques épisodes de stress, c’est une très belle année pour le Chant d’Eole, pas aussi prolifique que 2018 mais que ses propriétaires comparent à 2014, année record pour le vignoble. Durant la semaine des vendanges, une journée est réservée aux amateurs, avec visite des vignes et barbecue, une réussite une fois encore.

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La Mazelle

A Beaumont

Au vignoble de La Mazelle, à Beaumont, rapporte Thérèse de Radzitzky, « le gel printanier a frappé durement, grillant 80% des petits pampres à peine débourrés … Ce fut donc une toute petite vendange, un record… vers le bas, alors que 2018 avait vu, tout au contraire, les rendements dépasser les prévisions les plus optimistes. La sécheresse aidant, l’état sanitaire des baies était irréprochable, comme en 2018, de même que la concentration en arômes et en sucre naturel. C’était la 14e vendange pour les vignerons de La Mazelle, qui ont appris, au gré des années et des caprices de la nature, à rester sereins contre “vents et marées”, ou plutôt contre “grêles, tornades et gelées”. Un sacré métier. Ou un métier sacré? ».

 

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Clos LoJerAu (archives)

A Flobecq

Pour le Clos LoJerAu de Jean-Philippe Vanstals à Flobecq, peu de commentaires nous sont parvenus. Les seules données communiquées sont les volumes de vin en cuves : 2,5hl de rosé, 3,5hl de blanc et 5,5hl en rouge.

 

Arrivée de la première amphore à la coopérative de Sirault

Arrivée de la première amphore à la coopérative de Sirault

A Sirault

A la coopérative de Sirault, non loin de Saint-Ghislain, tout s’est également parfaitement déroulé. « Les vendanges cette année ont été sans doute moins folkloriques que celles de l’an dernier, confie Thierry Vangulick, secrétaire de la coop, « mais l’ambiance était tout aussi chaleureuse. La récolte en soi a été moins abondante qu’en 2018. Dans les parcelles plantées en Johanniter, malgré les oiseaux qui ont pillé littéralement de nombreux pieds et le botrytis qui a infecté de nombreuses grappes, nous avons récolté l’équivalent de 850 litres d’un jus prometteur. Nous aurons la même quantité que l’an dernier mais avec peut-être davantage de qualité.
Dans notre nouvelle parcelle de Cabernet Cortis, là aussi, les oiseaux et le botrytis ont fait des ravages et nous n’avons récolté que 250 kg. Mais il s’agissait d’une toute première vendange et d’une expérience sur du vin rouge. Ce premier rouge vient d’être pressé le week-end dernier. »

Du côté des blancs, le Muscaris s’avère plein de promesses et la qualité du Souvignier gris, le principal cépage, s’avère plus intéressante. Enfin, et c’est, sauf erreur, une grande première en Belgique, le vignoble s’est doté de six amphores ! « C’est une idée de notre président », conclut Thierry Vangulick, « nous allons vinifier 500 litres de Johanniter en amphores et 500 en fûts avant de faire l’assemblage, nous sommes curieux du résultat. »

 

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A Montigny-Le-Tilleul

Planté au début de l’année dernière, le Domaine du Blanc Caillou n’est qu’en deuxième année de plantation et donc toujours en formation du tronc de cep. « En attendant, raconte Marc Boddaert, nous avons tout de même laissé une grappe sur les pieds les plus vigoureux ! Nous pourrons ainsi sortir une centaine de bouteilles « test » (blanc et rouge confondus) et s’essayer à un premier assemblage. Cette année a été un peu particulière et, contrairement à 2018, elle n’a pas été précoce ! La vigne s’est mise dans un état de « sécurité ». Les pores se sont refermés pour résister aux trois canicules… »

Près de 180 kilos de raisins ont été récoltés, principalement du Johanniter et du Solaris, deux cépages décidément très en vogue en Wallonie. Dernière nouvelle : le nouveau chai creusé dans la roche devrait être prêt pour les vendanges de l’année prochaine.

 

Avec l'aimable autorisation de la DH

Avec l’aimable autorisation de la DH

A Nouvelles

Autre vignoble en plein démarrage, Terres de craie à Nouvelles, non loin des deux mastodontes que sont Eole et Ruffus, un vignoble franco-belge mené par Laurianne Lejour et Vincent De Busscher. Pour ce dernier, « 2019 est notre première vendange, tout un symbole ! c’est aussi une vendange symbolique par sa quantité, environ 700kg : 1/3 de Chardonnay et 2/3 de Meunier. inutile d’attendre plus d’une vigne en deuxième feuille qui doit se concentrer sur son développement racinaire. Nous avons eu des gelées la nuit du 5 et 6 mai contre lesquelles nous ne nous sommes pas protégés, cette année cela n’avait pas (encore) de sens. La pression oïdium a été assez forte en fin de saison, cependant les Meuniers sont assez peu sensibles à cette maladie et s’en sont bien tirés. Nous avons été agréablement surpris par leur comportement sur lequel nous avions peu d’information en Belgique. Nous avons récolté le 18 septembre des raisins sains avec un titre alcoométrique potentiel de 10,8°. Nous attendons les premières gelées pour clarifier le vin et décider de l’élevage. »

 

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A Frasnes-lez-Anvaing

Plantés en 2012, les 700 pieds du vignoble Dieu des Monts ont été vendangés pour la troisième fois : Chardonnay, Auxerrois et Pinot gris en vin blanc, Pinot noir et Muscat bleu en vin rouge et rosé. En 2018 , 120 pieds de Sauvignon blanc ont été plantés également.

Jean-Christophe Verschelde fait le point. « Après 360 litres en 2017, 600 litres en 18, nous n’aurons que 400 litres cette année. Suite à une charge abondante en 2018 qui aura peut-être affaibli la plante, nous avons réduit la taille d’hiver. Grace à l’effet couplé d’une taille maitrisée et les très bonnes conditions météo, nous avons enregistré un taux de maturité tout aussi élevé (voire parfois supérieur) à l’an dernier. Seule une attaque d’oïdium, plutôt inattendue et survenue la deuxième semaine d’août, aura perturbé l’état sanitaire mais, elle est restée limitée et cantonnée sur l’Auxerrois et le Chardonnay, sans réel impact sur les volumes. Tous les blancs et les Muscats ont été rentrés sous un soleil radieux, les Pinots noirs plus tard (28 sept) et au début des pluies. »

A suivre : le Namurois (3/5)

Marc Vanel, 5/11/19