Entre rosé et rouge, le Clairet est une appellation bordelaise à part entière. Obtenu par une courte macération de raisins noirs, il est le digne descendant du « French Claret » que les Anglais se sont arrachés durant plusieurs siècles.

Un peu d’histoire pour remettre ce vin dans le contexte. Fruit d’une histoire ponctuée de périodes de prospérité et de récession, Bordeaux passe sous drapeau anglais durant trois siècles après le (re)mariage d’Aliénor d’Aquitaine en 1152 avec le futur roi d’Angleterre Henri Plantagenêt (Henri II), une période qui voit prospérer le commerce vinicole entre la ville et la future Grande-Bretagne.

Au XIIIe, la prise du port de La Rochelle par le Roi de France transforme Bordeaux en port exportateur privilégié des vins à destination du marché anglais. Le Roi d’Angleterre accorde alors d’importants privilèges fiscaux (franchise de taxe) aux Bordelais qui plantent de vastes vignobles. C’est l’époque des premiers “clarets ” obtenus par fermentation de jus de raisins blancs et noirs en opposition au “black wine” des régions avoisinantes de Cahors ou de Bergerac.

En 1453, après la fameuse bataille de Castillon (non loin de Saint-Émilion) qui permet aux Français de récupérer l’Aquitaine, les Bordelais chercheront de nouveaux clients dans le nord de l’Europe. De nombreux négociants hollandais et allemands prennent le relais des Anglais et s’installent autour de Bordeaux, le long du fleuve.

Conscients de la fragilité des vins lors de leur transport, les Hollandais introduisent la mèche de souffre pour stabiliser les vins et leur assurer une meilleure conservation. Grâce notamment aux échanges avec les Caraïbes au XVIIIe siècle, Bordeaux devient le 3e port maritime de France et s’urbanise progressivement. Plus tard, le XIXe siècle sera marqué par un nouveau traité de libre-échange avec l’Angleterre et l’arrivée du chemin de fer à Bordeaux. Un âge d’or couronné par le fameux classement des vins en 1855 organisé à la demande de Napoléon III pour l’exposition universelle de Paris.

La résurrection du claret en clairet

Considéré comme le père de l’œnologie française, Emile Peynaud (1912-2004) élabore en 1950 le Clairet pour la Cave de Quinsac qu’il a créée l’année précédente avec Roger Amiel, maire de la ville. Cette création directement inspirée des French Clarets va donner naissance à l’appellation Bordeaux Clairet et consacrer Quinsac comme « capitale du Clairet ».

Représentant 0,54% de la production bordelaise (!), le clairet n’est ni rouge ni rosé, mais un rouge peu coloré (ou un rosé foncé, c’est selon), peu chargé en tannins, souple et fruité. Elaboré par saignée, il est obtenu avec des raisins très mûrs de Merlot majoritairement mais souvent complétés des Cabernets franc et sauvignon, après une macération de 24 à 36 heures.

La robe des clairets est souvent vive, le nez très floral et riche de fruits rouges en tous genres, et la bouche est souple et gouleyante avec des arômes frais et élégants. Ce qui n’exclut pas une certaine densité, comme par exemple les excellents clairets du Château Penin. Et il n’est pas interdit de les boire légèrement frais, mais pas glacés. Idéal pour l’apéro, les pique-niques et autres réjouissances estivales. Ceci étant, on peut en boire toute l’année sans problème…

Mini banc d’essai

Château Turcaud, Bordeaux Clairet 2019, Rob – 7,25€ : Moitié Merlot et moitié Cabernet sauvignon, ce Clairet offre un nez généreux de fruits rouges, avec une dominante de framboise et de fraise. Pas le clairet le plus concentré du marché, mais rafraîchissant, à déguster avec vos salades et autres entrées. Finale légèrement épicée.

Château de Marsan, Bordeaux Clairet 2019, corawine – 5,89€ : ce château est l’une des vingt propriétés  de la famille Gonfrier revenue d’Algérie en 1962 et qui gère aujourd’hui, notamment avec leur société de négoce, près de 1000 hectares dans le Bordelais, excusez du peu. Labellisé Terra Vitis, ce Clairet est majoritairement Merlot (60%) assemblé une fois encore avec du Cabernet Sauvignon (40%). Un vin simple et efficace, il ne faut pas toujours se casser la tête…

Château Penin, Bordeaux Clairet 2019, 1jour, 1 vin – 9,60€ et Bordeaux Clairet, cuvée « Natur », Le vin des Voisins (59,90€ par six bouteilles) : situé à Libourne, le Château Penin est détenu par la famille Carteyron depuis 1854 mais il ne produit ses propres bouteilles que depuis 1964. Parmi la dizaine de vins de la gamme, les Clairets sont particulièrement réussis, ils sont d’ailleurs régulièrement épinglés dans la sélection annuelle du CIVB par le jury belge.

Plus récemment, le Clairet Natur est venu compléter le tableau. Entièrement vinifié sans ajout de soufre et à base exclusive de Merlot, le nez est très fruité, pur, et la bouche déborde de vivacité et de rondeur, avec des fruits rouges à profusion. Du début à la fin, ce vin est un véritable plaisir. A découvrir.

Marc Vanel, 03/07/20

Penin Natur