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Depuis quelques jours, le monde (français) du vin est en effervescence : le président russe Poutine aurait rétrogradé le champagne en vin mousseux et les livraisons de Moët seraient à l’arrêt. Bad buzz ou véritable coup de tonnerre ?

 

Protégé en France par une appellation d’origine contrôlée, le terme de « champagne » ne peut être utilisé à tort et à travers. Le Comité Champagne (CIVC) veille au grain et traque tout ce qui pourrait représenter une menace. Dans tous les secteurs. Notamment il y a quelques années, lorsque, à ses débuts, le Domaine belge du Chant d’Eole s’est fait recaler en voulant enregistrer le nom de « Champ d’Eole ».

Utilisé en ex-URSS pour un breuvage mousseux produit de façon industrielle en trois semaines, le nom de « champagne soviétique » (Sovetskoïe champanskoïe) fait lui aussi l’objet d’une âpre bataille par le CIVC.

Alors, lorsque la Russie sort le 2 juillet dernier une nouvelle loi qui obligerait de remplacer sur les bouteilles françaises le mot de « champagne » par celui de « vin mousseux », les passions s’emballent.

Le premier groupe français à réagir fut Moët-Hennessy qui a immédiatement suspendu ses livraisons. Ensuite, les producteurs de champagne ont interpellé, lundi 5 juillet, les diplomaties française et européenne pour intervenir dans ce dossier épineux même si la Russie n’importe finalement que 1,8 million de bouteilles par an (dont 10% environ de Moët).

Quoi qu’il en soit, cette nouvelle loi est donc scrutée à la loupe pour bien la comprendre. Et en cyrillique, ce n’est pas facile, facile…

Et la réalité ?

Du coup, les médias se sont emparés de l’affaire et, comme souvent, sans aller bien loin dans l’investigation pour vérifier les choses. Sur son blog champenois, la journaliste Sophie Claeys a pourtant mené l’enquête et cela donne des résultats intéressants.

Elle y explique, notamment, citant le négociant Jean-Emmanuel Afota représentant plusieurs maisons de champagne à Moscou, que « depuis plusieurs années, la Russie entreprend de réglementer plus sévèrement la consommation d’alcool et de mieux informer le consommateur. Personne ne verra de mal à cela, d’autant plus que les effets sont bénéfiques : la consommation baisse, en particulier celle des alcools forts. Celle des alcools pétillants en revanche progresse, de près de 8% par an.

L’objectif vise d’une part à mieux informer le consommateur sur ce qu’il boit, mais aussi de favoriser la production locale d’un alcool de meilleure qualité. Et c’est dans ce cadre que cette nouvelle loi apparaît. »

D’après cet importateur, « les étiquettes ne changeront pas », mais seulement «  la contre-étiquette posée au verso et en cyrillique qui indique à quelle classe appartient le vin: pour le cas du Champagne, il sera indiqué qu’il appartient à la catégorie des vins mousseux ». Ce qui n’est évidemment pas faux.

Tempête dans un verre de champagne ? Est-ce vraiment aussi simple que cela comme explication? Peut-être, mais si ce remous médiatique a sans doute bien fait rire Poutine,  tout cela ne règle pas le problème du Shampanskoïe qui prête à confusion avec le champagne champenois, mais laissons ce combat au CIVC…

A lire: l’article de Sophie Claeys sur La Champagne de Sophie.

Marc Vanel, 08/07/21