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Bordeaux 2023, l’année charnière

Double commentaire sur la dégustation 2026 de l’Union des Grands Crus de Bordeaux par Dirk Rodriguez et Marc Vanel.

Lors de la dégustation organisée par l’UGCB (Union des Grands Crus Classés de Bordeaux) lorsque les vins sont délivrables, c’est le millésime 2023 qui a été présenté cette année. Il va désormais progressivement faire son apparition sur le marché. Il s’agit des grands crus classés, qui représentent moins de 5% de la production mais qui jouent bien sûr un rôle de locomotive.

En 2023, Bordeaux a pour la première fois pu ajuster ses prix, selon François-Xavier Maroteaux, président de l’UGCB et propriétaire du Château Branaire-Ducru à Saint-Julien (Haut-Médoc). Mais les prix n’ont pas été les seuls à changer : « En 2021, les amateurs de grands vins avaient beaucoup de moyens car ils n’avaient pas pu le dépenser au restaurant ou en voyage à cause de la crise du Covid, et en 2022, les restaurants ont enfin rouvert et il y a eu une forte demande pour les grands vins de ce côté-là. Le millésime 2023, première année post-Covid, a été immédiatement assombri par la guerre en Ukraine et les répercussions de l’inflation. Les prix pouvaient baisser et ont baissé. On parle d’une baisse des prix de 20 à 30 % par rapport à 2022. »

L’année 2023 d’un point de vue météorologique

2023 a été une année chaude mais capricieuse. Une floraison précoce, peu de gelées, mais un mois de juin marqué par une prolifération sans précédent d’oïdium, due à la combinaison malheureuse de températures élevées et de fortes pluies. Le mois de juillet, sec mais frais, n’a pas été tout aussi favorable pour tous les cépages.

Mais pour ceux qui ont survécu à ces mois sans encombre, la fin a été belle : août et septembre ont été plus chauds que la normale, avec seulement de courtes périodes de pluie, ce qui était idéal pour la maturation des raisins. Une vague de chaleur en août est toutefois perceptible dans le profil gustatif de certains vins.

Changement de style

On dit depuis un certain temps déjà que les grands vins de Bordeaux ont mis fin à leur dépendance aux fûts de chêne neufs. Ce n’est toutefois qu’avec ce millésime que nous l’avons vraiment remarqué. À nos yeux, la raison n’est pas difficile à trouver : les fûts de chêne neufs sont très chers et la baisse de prix attendue a conduit à cette économie évidente. Beaucoup ont réduit leur utilisation de fûts neufs, passant de 100 % de chêne neuf à 33,3 %. En d’autres termes : seul un tiers des fûts est renouvelé chaque année.

Cela s’est surtout remarqué dans les vins blancs de Pessac-Léognan (Graves). L’association d’un excellent Sauvignon blanc et d’un boisé moins prononcé a donné naissance à des vins savoureux et frais (voir plus bas).

Dans le verre

Nous avons dégusté les grands vins de la Rive gauche (Graves, Médoc, Sauternes) et de la Rive droite (Saint-Émilion, Pomerol) présentés à Bruxelles. Nous distinguons trois catégories : les vins excellents, les très bons vins et les bons vins. Nous avons écarté de notre sélection les vins médiocres. Gardez à l’esprit que, comme d’habitude, les vins les plus chers (les premiers crus et de nombreux seconds crus) brillaient par leur absence à Bruxelles.

L’avis de Dirk

Blanc / Pessac-Léognan

Excellent

  • Malartic-Lagravière balance et finesse
  • De Chevalier riche et nuancé
  • Latour-Martillac fraîcheur et juste ce qu’il faut de tout
  • Pape Clément d’une élégance hors du commun

Très bon

  • De Fieuzal une belle expression du sauvignon, avec une touche boisée discrète
  • De France intense et captivant, avec une belle touche boisée
  • Larrivet Haut-Brion concentration, charme du bois
  • Pique Caillou Le pur Sauvignon, réussite

Bon

  • Olivier
  • Bouscaut
  • Rahoul

ugcb2

RougeS

Médoc et Haut-Médoc

Très bon:

  • Cantemerle très souple, avec des tanins charnus

Bon

  • Beaumont
  • Camensac
  • Citran
Moulis-en-Médoc

Très bon

  • Chasse-Spleen rondeur et charme

Bon

  • Poujeaux
Margaux

Excellent

  • Kirwan millésime à encadrer
  • Cantenac-Brown un piquant plein de charme
  • Rausan-Gassies allie puissance et élégance
  • Lascombes jolies nuances de fruits noirs

Très bon

  • Giscours potentiel de garde
  • Dauzac bien étoffé
  • du Tertre généreux
  • Prieuré-Lichine fruits et roses
Saint-Julien

Excellent

  • Léoville-Poyferré Puissance et élégance unies

Très bon

  • Talbot rondeur agréable
  • Lagrange puissance et extraction
  • Léoville-Barton beau tannins, très précis
  • Branaire-Ducru puissance charnue
  • Beychevelle équilibré, touche animale

Bon

  • Lango-Barton
  • Gloria
  • Saint-Pierre
Pauillac 

Excellent

  • Lynch-Bages raffinement, balance

Très bon

  • Clerc-Millon savoureux, belle concentration
  • d’Armailhac épicé, bien équilibré

Bon

  • Lynch-Moussas
  • Haut-Batailley
  • Duhart-Millon
Saint-Estèphe

Excellent

  • Ormes de Pez excellent fruit, puissance sans excès

Très bon

  • Phélan Ségur concentration, potentiel de garde

Bon

  • Fourcas-Dupré
  • Cos Labory
  • Pez

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L’avis de Marc

De manière générale, j’avoue avoir été très favorablement impressionné par la qualité des vins dégustés. La baisse importante du boisé des vins va certainement favoriser le retour des amateurs vers des vins qu’ils avaient peu à peu délaissés. De par son accessibilité et ses prix à la baisse, le millésime 2023 sera très porteur et devrait être un excellent ambassadeur pour Bordeaux qui en avait bien besoin.

Il permettra également d’avoir des vins plus jeunes sur les tables. Y compris à Bordeaux même où, étonnamment, les vins bordelais ne se bousculent pas sur les cartes de restaurant.

Lors de son introduction, Le président de l’UGCB a également souligné qu’il fallait changer la communication des vins bordelais afin de convaincre la jeune génération, qui n’a plus de repère, à se tourner vers les vins bordelais.

Pessac-Léognan

Au niveau de la dégustation, j’ai été séduit, comme d’habitude devrais-je dire, par le rouge des Carmes Haut Brion, celui du domaine de Chevalier ou du Château de Fieuzal, vraiment très différent et plus séduisant que d’autres millésimes.

Un coup de cœur également pour le Château de France (80% Cabernet sauvignon et 20% Merlot) qui grâce à un rendement relativement faible (17 hl/ha) offre un très beau millésime.

Idem pour le Château Haut-Bailly  ou le Château Larrivet Haut-Brion (75% de Cabernet Sauvignon et 20 de Cabernet franc. Un vieillissement en barrique de 500 litres et un travail sur les lies permettent de mettre en évident la texture de ce vin en constante évolution.

Pour le reste de l’appellation, du moins pour ceux qui étaient présentés, notons la bonne tenue de Malartic-Lagravière, la fraîcheur inhabituelle et séduisante de Latour-Martillac, du Château Olivier (dont c’est la dernière année de conversion vers le bio), le très bon Château Pape Clément (ce n’est pas neuf), ou encore la bonne surprise du Château Pique Caillou (qui vient d’être racheté par Laurent Martin (président du club de rugby Union Bordeaux Bègles).

Dirk Rodriguez et Marc Vanel, 23/03/26 – Photos Vanel