Suite de notre escapade dans les Baux de Provence avec l’autre moitié des dix domaines de l’appellation présentés hier. En voiture, s’il vous plaît…

 

Château Romanin

Entre Saint-Remy-de-Provence et Cavaillon, l’étape suivante réserve des surprises : le Château Romanin offre un chai en lien direct avec les principes de la biodynamie certifiée ici depuis 1991.

Situé au pied d’un château du XIIIe siècle, dont il ne reste que quelques pierres, et qui aurait abrité les parties fines, pour ne pas dire plus, d’un certain… Marquis de Sade, cet ancien site druidique a été acquis à la fin des années 80 par Jean-Jacques Payraud, banquier de son état, qui se piquait de vouloir faire du vin. Fort heureusement, il en confia le soin à Jean-André Charial (Baumanière) qui le dirigera pendant de nombreuses années.

Creusé dans la roche des Alpilles en 1991-92, le chai est une véritable cave astronomique, construite selon la ronde des planètes et articulée autour du point énergétique de la cave, selon les plans dessinés par l’architecte Serge Hennemann.

 

Montage personnel – © Vanel

Le chai-cathédrale de Romanin – © Vanel

 

Regorgeant d’allusions ésotériques, le chai-cathédrale ressemble à un observatoire astronomique en lien avec le rythme des saisons, du soleil et de la lune, et l’ensemble offre la forme d’un œil. Le clou étant le salon privé de dégustation au sommet de l’édifice, dans la pupille de l’œil en quelque sorte, qui offre une vue à 360° sur les Alpilles et le mont Ventoux.

Racheté en 2006 par Anne-Marie et (feu) Jean-Louis Charmolüe, Château Romanin a confié pendant plusieurs années sa vinification à Eduardo Pincheiro, aujourd’hui au Domaine Sainte-Berthe, qui vient de céder sa place à Théo Buravand, un jeune œnologue formé au Mas de la Doux dans l’Hérault, à la limite des Terrasses du Larzac. Même à 91 ans, Mme Charmolüe veille toujours à la qualité du domaine…

 

Mme et M. Charmolüe – © Vanel

Les vins assemblent plusieurs cépages selon les cuvées : Cabernet Sauvignon, Mourvèdre, Syrah (majoritaire sur la propriété), Grenache en rouge, Counoise en rosé, ou Rolle, Roussanne, Grenache blanc et Clairette en blanc. Les vins sont précis, purs, d’une rare maturité de fruits et résolument modernes avec une belle énergie. A déguster : le Château 2011 (prêt à boire) ou 2013 (frais et dynamique), ou le Château blanc 2019 fruité et gourmand. (Importation en Belgique : clickorganic.be – Disponible dans de nombreux magasins bio tels que Sequoia).

 

Domaine de la Vallongue – © Vanel

Domaine de la Vallongue et Domaine des Terres Blanches

Situé à Eygalières le long de la voie antique qui reliait Rome à l’Espagne, les 38 ha de vignes du Domaine de la Vallongue ont été plantés dans les années 70 par M. Paul-Cavalier et convertis à l’agriculture biologique en 1985. Le Domaine a été repris en 2008 par Christian Latouche, déjà propriétaire d’une oliveraie.

Quatre ans plus tard, il racheta à Noël Michelin le Domaine des Terres blanches à deux pas de là, qui est, comme on dit, « resté dans son jus » et qui fut un des premiers à passer au bio dans les années 70.

© Vanel

Même propriétaire pour les deux vignobles donc, mais des styles bien tranchés.

A Vallongue, relevons la gamme « Garrigues » dans les trois couleurs : Blanc (Grenache blanc, Vermentino net Clairette), rosé (Grenache Syrah, Cinsault) et rouge (mêmes cépages que le rosé). Ces vins sont en réalité bien connus en Flandre car le restaurant d’Eygalières, « Chez Bru », fut dirigé par Wout Bru jusqu’en 2017 avant qu’il ne revienne en Belgique… pour travailler à Durbuy avec Marc Coucke au Sanglier des Ardennes…

Aux Terres blanches, Aurelia 2016 en rouge est de toute beauté, avec de jolis arômes de fruits rouges et d’épices douces. (Importation : Biodyvino).

© Domaine des Terres blanches – © Vanel


Château d’Estoublon

Surprise : nous sommes ici dans une propriété de 300ha (20 de vignes) que vient de racheter Stéphane Courbit, à la tête de la société de production audiovisuelle LOV Group (formé sur les initiales de ses enfants) et président d’Endemol France (Loft Story, The Voice, L’Île de la Tentation …) et que l’on retrouve dans un nombre important de sociétés. Il est associé à quelques investisseurs présents à titre privé, comme Jean-Guillaume Prats.

 

Un futur centre de production privé? – A droite: Anaïs Maillet – © Vanel

Difficile encore de dire la direction que prendra ce domaine, la nouvelle équipe se met seulement en place mais la propriété semble plutôt destinée à des réceptions privées (ou peut-être même à un centre de production privée). Courbit est toutefois très présent et s’implique dans l’exploitation dont il a confié la direction technique à Anaïs Maillet qui a travaillé en Argentine (Terrazas de los Andes – LVMH), en Californie, en Nouvelle-Zélande (Hawke’s Bay), mais aussi à Saint-Estèphe (Lafon-Rochet).

Les premières vendanges ont été réalisées cette année sur 15 hectares en production. Tout est bio depuis 1999, les rendements sont limités et la biodynamie démarre.

Des quelques vins dégustés (élaborés par les propriétaires précédents), le Rosé 2019 est bien charpenté avec une longue finale, le blanc et le rouge aussi (même si trop boisés), mais ces vins appartiennent en quelque sorte au passé et sont appelés à évoluer. Prochaine dégustation d’ici deux ou trois ans donc.

 

Oeufs et barriques à Estoublon – © Vanel

Dalmeran

Etape ultime de ce winetrip provençal à Dalmeran, une magnifique propriété du XVIe siècle, qui servit, paraît-il, de garçonnière à Frédéric Mistral, rachetée en 2006 par Béatrice Ramspacher et Neil Joyce et classée bio depuis 2011.

Béatrice Ramspacher sur ses terres – © Vanel

Situé sur la Via Domitia à quelques kilomètres de Saint-Rémy-de-Provence, le lieu est féerique, avec 12ha de vignes réparties en plusieurs parcelles au milieu des bois. Grands vins rouges de garde et rosé de gastronomie sortent en AOP et les blancs en IGP, mais les flacons de Dalmeran expriment leur terroir et se prêtent à un large usage gastronomique, comme par exemple « La Bastide 2018 » en rouge (Importation du blanc et du rosé par La Cave des Sommeliers).

 

Dalmeran – © Vanel

Ce n’est sans doute pas pour rien que le couple organise chaque année un concours gastronomiques de jeunes chefs au domaine, mais aussi des concerts, des expositions temporaires, du land-art ou des ateliers de découverte des produits du terroir. M. et Mme Joyce possède également le Domaine de La Célestière à Châteauneuf-du-Pape. Si vous passez par là…

Marc Vanel, 3/12/20

Relire la première partie publiée hier : ICI.